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Le projet

Dans la continuité des coopérations culturelles et artistiques développées par l’association nantaise HETSIKA avec Madagascar, notamment avec le centre musical LAKA avec lequel elle collabore depuis plus de 4 ans sur des enjeux de formation et d’éducation artistique au chant lyrique, de conservation du patrimoine musical classique  et de promotion de la diversité artistique et culturelle, ce projet s’inscrit dans une démarche de coréalisation et de coproduction d’un opéra francophone pour enfants "Les Enfants du Levant" d’Isabelle Aboulker et de Christian Eymery avec une trentaine d’enfants d’origines sociales différentes d’Antananarivo.

En retraçant l'arrestation d'une soixantaine d'enfants des rues au 19e siècle, et leur enfermement dans un bagne dans le Sud de la France, cet opéra est susceptible d’avoir une résonnance particulièrement dans la société malgache quand au sort que celle-ci réserve à ses propres enfants.

Le spectacle en 1 acte (2h00) réunira une distribution totalement malgache constituée de 2 chanteurs solistes, un chœur d’enfants, 15 comédiens dont 6 adultes, un orchestre de chambre formé de 12 musiciens.

La direction musicale sera confiée à Herrick Hubert Rajaonah directeur du centre musical Laka.

La préparation et la diffusion de cet opéra seront l’occasion de coopérations, de partages d’expériences, de pratiques et de compétences entre  les artistes, techniciens et administratifs français et malgaches, de mise en œuvre d’un programme d’éducation musicale renforcée. Il donnera lieu à des actions culturelles en direction de la population.

Il sera présenté à Antananarivo à l’Institut Français de Madagascar au mois de juillet 2017. Il s'agit d'un projet inédit de solidarité et de coopération culturelle internationale pour soutenir :

  • L’éducation musicale des enfants de milieux défavorisés

  • La professionnalisation des artistes et des techniciens malgaches 

  • La sensibilisation aux droits de l’enfant

L'Opéra
 

Cet opéra pour enfants sort de la forme traditionnelle dans laquelle le genre est souvent confiné. Ici, point de naïveté, de béatitude, d’angélisme car  Isabelle Aboulker et Christian Eymery ont eu ce courage de mettre en musique et en prosodie un fait réel longtemps caché pour en faire une œuvre d’un réalisme poignant. Cet opéra est un témoignage au nom de l’humanité  au sein d’une République, la France du milieu XIXe siècle, qui envoyait ses enfants au bagne. En effet, la France était alors en pleine révolution industrielle et de nombreux enfants attirés par la ville, souvent non scolarisés, abandonnés ou orphelins pour la plupart, erraient dans les rues de la capitale ou des grandes villes. Ils commettaient de petits larcins pour se nourrir. Arrêtés et emprisonnés, la force publique préférait surcharger les prisons de ces "petits êtres encombrants" pour ne pas gêner la bourgeoisie.

Comment ne pas y voir une relation de cause à effet d’une absence à l’époque de droits des enfants ! Combien d'années de luttes, politiques, syndicales et culturelles a-t-il fallu en France pour obtenir que les enfants aient droit à une scolarité obligatoire, que le travail des enfants soit interdit et pour reconnaître enfin que l’enfant ne devait pas être une valeur marchande ?

L’opéra « Les enfants du levant » décrit avec précision la vie de tous les jours d’une communauté d’enfants dans un bagne, au large de Toulon, au cours de l’année 1861. Ces enfants avaient en commun, de venir d’un milieu défavorisé et d’être internés malgré leur innocence pour la grande majorité d’entre eux. Tout au long de l’intrigue se jouent des amitiés fortes, des drames, des haines et des espérances quand certains réussissaient à s’évader.

Servir le projet de création d’un spectacle d’opéra est une démarche artistique et culturelle collective qui occupe durant des mois de travail des artistes et des techniciens. Notre démarche sera ainsi l’occasion de coopérations et d’échanges de pratiques, d’expériences entre les artistes et techniciens français et malgaches :

  • Accompagnement du choeur d'enfants Laka et divers solistes à la maîtrise de la représentation lyrique 

  • Accompagnement et co-réalisation de la mise en scène d’un opéra avec la compagnie de théâtre malgache Miangaly

  • Implication de lycéens pour la réalisation des décors

  • Formation d’enseignants et de lycéens malgaches à l’élaboration d’un spectacle d’art lyrique

L'oeuvre
 

L'auteur : Isabelle ABOULKER

Isabelle Aboulker est née en 1938 dans la concordance d’influences d’un grand-père compositeur, Henry Février, et d’un père cinéaste et écrivain, Marcel Aboulker. Parallèlement à des études d’écriture et d’accompagnement au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, elle compose pour le cinéma, le théâtre, la télévision. Accompagnatrice, chef de chant, puis professeur auprès des jeunes chanteurs au CNSM, c’est autour de la voix et de l’opéra que se concentre à partir de 1981 son activité créatrice. Attentive à la prosodie, exigeante dans le choix de ses livrets, elle se veut héritière de la tradition française : Debussy, Ravel, Poulenc. L’excellent accueil suscité par la création de son premier ouvrage lyrique « Les Surprises de l’Enfer » (1981) lui fait apparaître l’évidence de son orientation  de composeur pour l'opéra et son nom est devenu au fil des ses œuvres indissociable d’opéras pour enfants.

« Les Enfants du levant » sont fréquemment travaillés par des Conservatoires et Ecoles de Musique, et figurent régulièrement dans la programmation Jeune Public de grandes scènes françaises ou étrangères. « Douce et Barbe Bleue » et « Les Fables Enchantées » font l’objet de livres-disques chez Gallimard jeunesse. Isabelle Aboulker a également composé dans la collection « Ecoutez-lire » plusieurs partitions qui accompagnent « Le Petit Prince », « Inconnu à cette adresse », « L’ami retrouvé »...

Egalement chez Frémeaux & Associés "Le Petit Poucet", "Cendrillon", "Cinq contes musicaux pour les petits", "Les Enfants du Levant", "Si Molière nous était chanté", "Petites histoires naturelles"...

Conjointement au développement de sa carrière de compositeur, distinguée par un prix de l’Académie des Beaux-arts en 1999 et le Prix Musique de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques en 2000, Isabelle Aboulker a publié plusieurs ouvrages pédagogiques destinés aux chanteurs durant la période où elle a assumé, de 1983 à 2003, la charge de professeur de formation musicale au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. Le 6 Mai 2011, la SACD lui décernait le prix Maurice-Yvain 2010.

Librettiste : Christian EYMERY

Directeur-adjoint du CRÉA (Centre d'éveil artistique à Aulnay-sous-Bois), il travaille aux côtés de Didier Grojsman depuis 1990. Avec cette compagnie d'enfants chanteurs, il signe plusieurs mises en scène d'opéras dont : Le Médaillon Brisé (livret Jean-Marie Lecoq /musique Louis Dunoyer de Segonzac) et Jongleurs dans la Jungle (livret Rémi Laureillard /musique Isabelle Aboulker), deux spectacles créés à l'Espace Jacques Prévert / Théâtre d'Aulnay-sous-Bois et programmés dans le cadre d'Ile de France Opéra et Ballet en 1998 et 1999, mais aussi Zock (livret André Vignau / musique Christian Mesmin), Silence on tourne ! ;  Gamins de Paris.

Il écrit également des livrets : Martin Squelette (musique Isabelle Aboulker) d'après le roman de Pierre Véry Les disparus de Saint-Agil et en 2001 Les Enfants du Levant (musique Isabelle Aboulker) d'après le roman de Claude Gritti, "Les Enfants de l.île du Levant", dont il assure la mise en scène. L’.opéra sera créé à l.Espace Jacques Prévert /Théâtre d.Aulnay-sous-Bois en 2001 puis repris un an plus tard au Palais des Congrès de Toulon, avant d’être remonté dans une nouvelle production au Grand Théâtre de Genève en 2004.

En 2002,  il écrit pour la Maîtrise de Radio France « Douce et Barbe Bleue » (musique Isabelle Aboulker) d'après le conte de Perrault (CD édité chez Gallimard Jeunesse/collection Grand Répertoire).

L'écriture en 2004 de Marco Polo et la princesse de Chine pour la Maîtrise des Hauts-de-Seine, marque sa quatrième collaboration avec Isabelle Aboulker.

Note d'intention de mise en scène
 

Metteur en scène  : François Bagur

« Ô mon île, Ô mon île d’Or. Je devrais te maudire de laisser détruire, ces êtres fragiles, ces enfants »

Nous sommes à un moment central de l’opéra et c’est en ces termes terribles qu’Augustine, femme de pêcheur remplie de compassion envers ces enfants et témoin direct du drame qui se passe sous ses yeux adresse comme une  alerte au public. Isabelle Aboulker avec son librettiste Christian Eymery se sont inspirés d’une histoire vraie tirée d’un roman Les Enfants de l’île du Levant de Claude Gritti. Cette histoire se déroule dans une colonie agricole pénitentiaire comme il en existait de nombreuses sur le territoire national français et outre marins aux 19ième et 20ième siècle. En effet une loi de 1850 visant à régler les principes de détention des mineurs est votée. Désormais tous les enfants abandonnés, orphelins ou petits délinquants seront envoyés dans ces camps et condamnés pour certains d’entre eux jusqu’à leur majorité selon l’importance des délits qui leur sont reprochés. C’est l’histoire aussi de cette communauté d’enfants qui se retrouve sans en connaître la raison et après avoir traversée la France à pied à l’île du Levant. Tout est absent autour d’eux ; famille, hygiène, sécurité, amour mais surtout la nourriture. Un groupe Les Vulnérables s’entraide surtout auprès des plus démunis, « on accepte les cris, on supporte les coups, et même le cachot et même la torture, mais la douleur la plus terrible c’est la faim » réussissent à chanter ces enfants lors de la visite d’inspection. C’est aussi un lieu d’affrontement de rivalité et de violence. Le simple voleur de pain côtoyait l’assassin.

Pour moi, cette histoire qui évoque une époque où la société réprimait les plus démunis au lieu de reconnaître leurs droits a une portée avant tout universelle. Bien des pays sont signataires des accords auprès de l’ONU en faveur des droits inaliénables de l’enfant.

Et pourtant… L’actualité contemporaine pose avec force une Europe confrontée aussi à ce problème par l’arrivée massive de familles d’émigrants fuyant famines et guerres avec des conditions d’accueil largement insuffisantes.

L’opéra Les Enfants du Levant d’Isabelle Aboulker est constitué de textes qui font avancer l’action, entrecoupés par des chants choraux ou solistes d’enfants et d’adultes qui permettent de prendre un regard distancié sur la tragédie qui se joue sous nos yeux. Cette distance permet d’alimenter le travail de mise en scène et de mettre en perspective les problématiques sur le droit des enfants. Quelques questions et lignes de force m’interpellent avec cette œuvre. Que reste-il à ces enfants quand toute perspective de citoyenneté leur est enlevée ? Sinon l’évasion, la mort ou la révolte.

La question pressante du rôle d’une démocratie pour endiguer la misère afin de protéger les personnes les plus fragiles notamment ces enfants ; l’idée de partage et de solidarité quand la survie guette une communauté ; la prise de conscience collective pour une société meilleure et plus juste ; le droit à l’éducation pour tous pour construire les nouveaux citoyens de ce monde…  Piéger en scène les affres de ce monde, donner à réfléchir, tel est ici le rôle du théâtre…

Le lieu central de cette histoire se situe dans la cour de cette colonie agricole. En scène des enfants en guenilles survivant dans un milieu rendu hostile par la hiérarchie d’un ordre établi. Nous avons pris le parti d’évoquer les lieux multiples servant l’intrigue par des  éléments scéniques modulables qui suggéreront tantôt la liberté, tantôt son absence. Deux hauts murs séparés par une porte centrale vont proposer l’idée de l’enfermement, tandis qu’une fois retourné cet envers du décor sera décomposé en multiples cellules avec des jeux de barreaux  suggérant un habitat insalubre et carcéral. Au lointain, derrière ces hauts murs, un cyclorama, une voile de bateau …seront des appels à la liberté. Cette liberté si proche sera irrésistible dans des moments de grand cafard ; certains réussiront à la rejoindre d’autres en perdront la vie.

L’opéra est un véhicule fort de sensibilisation et d’émotion auprès du public. Le thème principal de cet Opéra étant la condition de vie des enfants détenus dans un centre pénitencier agricole, nous avions très à cœur qu’il soit joué par une trentaine d’enfants mixtes par le genre et par l’origine sociale. Cette volonté nous guide depuis le début de ce projet. En effet ce sera un moyen extraordinaire pour des enfants défavorisés de pratiquer la scène devant un public d’adultes, et de s’intégrer avec des enfants d’un milieu plus favorable pour coopérer ensemble sur ce projet. Le parallèle entre les enfants bannis sur cette île du levant et les enfants démunis des rues de Madagascar donne le caractère universel de cet opéra. Quoi de plus fort qu’un message donné par un enfant. Alors que la plupart des villes du monde entier s’interrogent sur la place des jeunes en tant que citoyen, cet opéra en sera une expérience rare.

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Opéra Les enfants du Levant

Mais non je ne pleure pas